Dr. Jack Preger – Biographie
Dr Jack Preger (1930-2026)– Une vie au service des autres –
Jack Preger est né à Manchester en 1930. Dans sa jeunesse, il envisagea d’abord de devenir rabbin. Il choisit finalement d’étudier l’économie et les sciences politiques à Oxford et fut le premier étudiant juif admis à St Edmund Hall.
Après son service militaire et une brève expérience dans le marketing, il ressentit le besoin de travailler la terre. Il se maria et exploita pendant huit ans une ferme isolée sur la côte galloise. C’est là qu’en 1964, alors qu’il conduisait son tracteur, il prit soudainement, à l’âge de 34 ans, la décision de devenir médecin. Il décrivit plus tard cet instant comme si son crâne s’était ouvert et que les mots « Deviens médecin » y avaient été déposés.
Bien qu’il ne disposât pas de la formation scientifique habituellement requise, il vendit sa ferme dans l’année qui suivit et, à 35 ans, commença des études de médecine au Royal College of Surgeons de Dublin. Il se convertit au catholicisme, apprit l’espagnol et envisagea d’abord de travailler auprès des populations défavorisées d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale.
Mais en 1972, un appel entendu à la radio allait une nouvelle fois changer le cours de sa vie. Il partit pour le Bangladesh, qui venait d’accéder à l’indépendance, afin de soigner des réfugiés vivant à Dhaka dans des conditions catastrophiques. Il y fonda une clinique de 90 lits ainsi que deux projets agricoles permettant à des réfugiés de vivre et de travailler.
En 1979, il fut expulsé du Bangladesh après avoir révélé l’existence d’un trafic d’enfants impliquant également des représentants de l’État. Des enfants avaient été emmenés hors du pays vers les Pays-Bas. Jack Preger ne cessa jamais de tenter de les retrouver et de se battre pour que cette affaire soit élucidée. Des décennies plus tard, certains purent retrouver leur famille ; plusieurs vinrent lui rendre visite en Grande-Bretagne pour le remercier de ne les avoir jamais oubliés.
Après son expulsion, celui que l’on appelait désormais Dr Jack partit pour Kolkata. Pendant six mois, il travailla pour l’organisation de Mère Teresa. Il décida ensuite d’agir de manière indépendante et commença à soigner les innombrables malades et personnes démunies qui vivaient dans les rues de la ville.
Avec pour ainsi dire rien d’autre que sa trousse de médecin, il installa son premier dispensaire improvisé sous un pont routier.
Des voyageurs occidentaux et des habitants de Kolkata découvrirent son travail et commencèrent à le soutenir – financièrement, en donnant de leur temps ou en
apportant leurs compétences médicales. De cette initiative naquit un mouvement qui, au fil des décennies, allait venir en aide à des centaines de milliers de personnes.
Le chemin fut loin d’être facile. Pendant des années, Dr Jack mena de longues batailles juridiques contre les autorités, qui cherchaient à lui interdire d’exercer la médecine et à bloquer les dons étrangers destinés à l’organisation humanitaire qu’il avait fondée, Calcutta Rescue. Il fut emprisonné pendant un certain temps, expulsé à plusieurs reprises et finalement empêché de quitter l’Inde.
Mais il resta.
Au fil des années, des dispensaires de rue, des écoles et des programmes d’insertion professionnelle virent le jour, bénéficiant à plus d’un demi-million de personnes. Dr Jack apprit à composer avec les responsables politiques et les autorités locales, mais refusa toujours catégoriquement de verser des pots-de-vin ou de l’argent en échange d’une protection. Il contribua ainsi à instaurer une culture d’indépendance et d’intégrité.
Avec le soutien, entre autres, du pionnier de l’Everest Sir Edmund Hillary, il finit par remporter ses principales batailles juridiques. Dr Jack pouvait rester – et poursuivre son travail.
Il devint l’un des pionniers d’une médecine de proximité à la fois accessible et de grande qualité, dispensée directement là où elle était nécessaire : dans les bidonvilles de la ville. Son action allait du suivi à long terme des personnes atteintes de la lèpre au traitement de la tuberculose multirésistante, en passant par les soins prénataux, l’éducation à la santé et le traitement du VIH. Pendant de nombreuses années, son organisation géra la seule clinique du Bengale-Occidental à fournir gratuitement des médicaments contre le VIH.
L’éducation occupait également une place essentielle dans son action. Les écoles qu’il avait fondées permirent à des milliers d’enfants d’apprendre à lire et à écrire, puis d’intégrer des écoles ordinaires avec le soutien de l’organisation.
Chaque fois que Dr Jack était confronté à une injustice, il se sentait appelé à agir. Lorsqu’il apprit que des millions de personnes vivant dans des villages proches de la frontière avec le Bangladesh étaient menacées par une eau potable contaminée à l’arsenic, il mit notamment en place un réseau de filtres à eau.
Son travail inspira des générations de collaborateurs, de médecins et de bénévoles. Dans le monde entier, des organisations furent créées afin de soutenir ses projets. En 2004, il fut l’un des fondateurs de l’International Street Medicine Symposium, qui réunit des spécialistes de différents pays afin de partager leurs expériences dans la prise en charge médicale des personnes sans domicile et marginalisées.
Le Dr Jim Withers, fondateur du Street Medicine Institute aux États-Unis, qualifia Jack
Preger de « grand-père de la médecine de rue ». Son exemple aurait inspiré d’innombrables personnes à consacrer leur vie professionnelle au service des autres.
Même octogénaire, Dr Jack se rendit à plusieurs reprises en Cisjordanie afin de soigner des patients palestiniens dans une clinique.
Pour lui-même, il avait besoin de peu. Il vivait très modestement grâce à une petite allocation versée par ses soutiens et occupa longtemps une unique chambre
encombrée au-dessus de l’une de ses écoles, au cœur d’un quartier chaud de Kolkata. L’argent dont il disposait était en grande partie consacré à son travail en faveur des autres.
Revenant sur le parcours exceptionnel de sa vie, il disait : « Parfois, on ne choisit pas sa vie. C’est la vie qui vous choisit. »
Jack Preger était un homme indépendant, parfois dérangeant et pas toujours facile à côtoyer. Mais sa persévérance, son humour pince-sans-rire et son engagement sans compromis suscitèrent pendant des décennies l’admiration de ses collaborateurs, bénévoles et soutiens.
En 1993, il fut nommé Member of the Order of the British Empire (MBE) en Grande-Bretagne pour son engagement exceptionnel auprès des plus pauvres à Kolkata. En 2016, une production franco-suisse lui consacra le documentaire primé Doctor Jack. En 2017, il fut désigné Philanthropist of the Year lors des Asian Awards à Londres.
Ce n’est qu’en 2019, lorsque sa santé déclina et que sa vue se détériora, que Dr Jack fut contraint de quitter Kolkata, à l’âge de 89 ans. Il s’installa à Diss, dans le Norfolk, où il vécut avec son ancienne épouse Cathy.
En 2025, après de graves désaccords avec la direction de Calcutta Rescue, Dr Jack se sépara de l’organisation qu’il avait fondée. De nombreux collaborateurs de longue date et cadres expérimentés poursuivirent ensuite leur engagement auprès de la Divine Script Society (DSS Kolkata).
Avec le soutien de Dr Jack, DSS Kolkata mit en place des cliniques dans des quartiers particulièrement défavorisés de la ville et reprit trois centres éducatifs menacés de fermeture. En septembre 2026, en reconnaissance de l’œuvre de toute une vie et de l’héritage qu’il continuait à transmettre, le conseil d’administration de DSS Kolkata le nomma Chairman Emeritus.
Même après sa mort, Dr Jack souhaitait encore être utile aux autres : il fit don de son corps à l’University of East Anglia, afin que de futurs médecins puissent continuer à apprendre grâce à cet ultime geste.
Après une courte maladie, Dr Jack Preger est décédé paisiblement chez lui, dans le Norfolk, le 31 octobre 2026, à l’âge de 96 ans.
Son œuvre se poursuit – à travers les personnes qu’il a aidées, celles qu’il a inspirées à s’engager à leur tour, et à travers le travail médical et social qui continue aujourd’hui à Kolkata dans l’esprit qui fut le sien.